Le Niger et le Bénin partagent une histoire économique et sécuritaire indissociable, marquée par des défis communs et des liens structurels. Depuis le renversement institutionnel au Niger en juillet 2023, les relations bilatérales se sont tendues, avec des mesures restrictives aggravant les tensions. Pourtant, une analyse approfondie des actions menées par Cotonou révèle une stratégie patiente, visant à désamorcer la crise par des gestes concrets.
La diplomatie du Bénin : des actes plutôt que des mots
Contrairement aux apparences, le Bénin n’a jamais adopté une position de fermeté intransigeante. Dès la fin 2023, les autorités béninoises ont pris l’initiative de lever partiellement les restrictions sur le transit des marchandises nigériennes via le port de Cotonou. Cette mesure, bien que symbolique, a permis d’éviter une rupture totale des échanges commerciaux, malgré le maintien de la frontière fermée par Niamey.
Parallèlement, des médiations de haut niveau ont été encouragées par Cotonou. À l’été 2024, d’anciens présidents béninois se sont rendus à Niamey pour tenter de rétablir un dialogue, malgré les divergences politiques. Ces efforts illustrent une volonté constante de préserver les intérêts partagés, notamment autour de l’oléoduc WAPCO, essentiel pour les deux pays.
Romuald Wadagni : un nouveau souffle pour les relations Niger-Bénin
L’arrivée de Romuald Wadagni à la présidence du Bénin en mai 2026 a marqué un tournant. Ancien ministre des Finances et figure technocrate, il incarne une neutralité politique qui facilite les rapprochements. Son élection a été suivie d’un geste fort : la visite du Premier ministre nigérien Ali Mahamane Lamine Zeine à Cotonou pour son investiture, rompant ainsi l’isolement diplomatique du Niger.
Mais c’est surtout la visite officielle de Romuald Wadagni à Niamey, l’un de ses premiers déplacements en tant que chef d’État, qui a confirmé cette dynamique. En rencontrant directement le général Abdourahamane Tiani et le capitaine Ibrahim Traoré, il a envoyé un signal clair : le Bénin est prêt à engager un dialogue franc et pragmatique, sans arrière-pensée.
Des enjeux concrets qui dépassent les symboles
Ce dégel diplomatique n’est pas seulement une question de relations bilatérales. Il répond à des impératifs urgents et partagés :
- La sécurité régionale : Les attaques djihadistes dans la zone transfrontalière, notamment autour du complexe W-Arly-Pendjari, ont augmenté de 86 % entre 2024 et 2025. Aucun pays ne peut affronter seul cette menace, rendant la coopération militaire indispensable.
- L’économie et les échanges : Le Niger dépend du corridor béninois pour réduire ses coûts logistiques et sécuriser ses approvisionnements. De son côté, le Port Autonome de Cotonou cherche à maximiser son trafic pour dynamiser l’économie régionale.
En se rendant au cœur de l’Alliance des États du Sahel (AES), Romuald Wadagni a confirmé que le Bénin plaçait la stabilité sous-régionale au-dessus des divergences politiques. La balle est désormais dans le camp de Niamey : confirmer cette ouverture par une réouverture totale des frontières et une reprise des échanges commerciaux.