Le Président Bassirou Diomaye Faye a dévoilé lundi soir la composition de la nouvelle équipe gouvernementale. Dix jours après le limogeage de son ancien Premier ministre Ousmane Sonko, ce gouvernement de 30 membres, dirigé par Ahmadou Al Amine Mohamed Lo, doit relever un défi de taille : redresser un pays étouffé par une dette abyssale et qui rejette catégoriquement toute restructuration.

Cette équipe, composée de 26 ministres et 4 ministres délégués, ne compte que quatre femmes, dont aucune n’occupe de poste régalien. Un choix qui contraste avec les attentes en matière de parité, alors que le pays dispose d’une loi sur la parité depuis 2010, bien que son application reste limitée aux fonctions électives.

Le PASTEF (Patriotes Africains du Sénégal pour le Travail, l’Éthique et la Fraternité), parti de Sonko, a clairement affiché son refus de participer à ce gouvernement, invoquant des divergences profondes avec le chef de l’État. Résultat : plusieurs figures majeures du parti, comme Birame Souley Diop (Énergie), Yacine Fall (Justice) ou Amadou Ba (Culture), ont quitté leurs postes. Pourtant, des anciens cadres du PASTEF ont été maintenus, comme Cheikh Diba, désormais à la tête du ministère de l’Économie et des Finances, ou Balla Moussa Fofana (Urbanisme).

D’autres personnalités proches de Sonko font leur entrée, comme Cheikh Tidiane Dieye (Assainissement), Moustapha Guirassy (Éducation nationale) ou Boubacar Camara (Enseignement supérieur). La Coalition Diomaye, alliée du président, obtient six portefeuilles, dont celui de l’Énergie et du Pétrole pour El Hadj Abdourahmane Diouf. Me Moussa Sarr prend quant à lui les rênes du ministère de la Justice.

1. Un gouvernement sans majorité parlementaire

Quelques heures avant l’annonce officielle, le PASTEF a confirmé son boycott, refusant de cautionner une équipe jugée non alignée avec ses orientations. Ousmane Sonko, nouvellement élu à la tête de l’Assemblée nationale, affirme que la majorité parlementaire n’est pas acquise au gouvernement et entend jouer pleinement son rôle.

Cette situation crée une cohabitation inédite au Sénégal, où le Président, sans majorité absolue, doit composer avec un Parlement dominé par son rival. Moussa Diaw, professeur émérite en Sciences politiques à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, parle d’une situation inédite née des divergences sur la gestion de la dette, la reddition des comptes et les questions de justice. Il met en garde contre les risques de blocages institutionnels et souligne que le gouvernement Al Aminou Lo dispose de peu de marge de manœuvre dans ce contexte.

Pour éviter une crise, il appelle à une concertation responsable entre le Président et le Président de l’Assemblée, en plaçant l’intérêt national au-dessus des ambitions politiques.

2. Une sous-représentation des femmes

Sur les 30 membres du gouvernement, seulement quatre sont des femmes, contre cinq dans l’équipe précédente. Trois d’entre elles occupent des postes de plein exercice, tandis qu’une est ministre déléguée. Parmi elles : Marie Angélique Mame Selbé Diouf (Famille et Solidarités), Djirèye Clotilde Coly (Sports et Jeunesse), Ami Mara (Pêches et Économie maritime), et Mame Coumba Diop (Culture et Patrimoine historique).

Cette répartition a suscité des critiques de la part d’organisations de défense des droits des femmes. Le Dr Coumba Mar Gadio, membre du Réseau des Femmes Leaders Africaines (AWLN), section Sénégal, souligne que cette configuration ne reflète ni le poids démographique des femmes, ni leur expertise dans les secteurs stratégiques. Elle invite le gouvernement à corriger cette situation pour renforcer leur présence dans les sphères de décision.

Le Sénégal, qui applique depuis 2010 une loi sur la parité absolue, peine encore à concrétiser cet objectif en dehors des postes électifs.

3. La question de la dette et les relations avec le FMI

Le Sénégal fait face à une dette colossale, estimée à plus de 7 milliards de dollars, héritée de l’ancien régime. Jusqu’à présent, le pays a refusé toute restructuration, malgré un contexte économique dégradé : chômage élevé, croissance atone (entre 2,2 % et 2,5 % en 2026), et tensions sociales persistantes.

Amath Ndiaye, économiste à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, estime que de nouvelles négociations avec le FMI sont inévitables. Il souligne la nécessité d’un changement de cap par rapport à la gestion précédente, qui interprétait la souveraineté de manière restrictive. Cependant, il admet que le gouvernement est pris entre deux feux : trouver un accord avec le FMI pour restructurer la dette, tout en répondant aux revendications sociales et aux attentes des citoyens.

Les subventions dans plusieurs secteurs pourraient être remises en cause, ce qui rend la tâche encore plus complexe pour Al Aminou Lo.

4. Une répartition des pouvoirs conforme à la Constitution

Moussa Diaw rappelle que le Président de la République et le Président de l’Assemblée nationale doivent exercer leurs prérogatives dans le respect des institutions. Chacun a un rôle à jouer, et une coordination responsable est indispensable pour éviter les blocages et les tensions.

Il insiste sur la nécessité de mettre l’intérêt supérieur du Sénégal au-dessus des considérations politiciennes, afin de préserver la stabilité du pays dans un contexte économique difficile. Une tâche ardue pour Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, qui devront faire preuve de pragmatisme et de patriotisme pour faire fonctionner les institutions.