Les autorités béninoises déjouent une tentative de coup d’État à Cotonou
Des affrontements armés et des barrages militaires ont marqué la capitale économique du Bénin ce dimanche, où des soldats ont tenté de s’emparer du palais présidentiel. Les autorités ont rapidement réagi en qualifiant la situation de « totalement sous contrôle », tandis que des renforts régionaux ont été déployés pour sécuriser les institutions.
Les événements, survenus en début de journée, ont commencé par des tirs à proximité de la présidence. Des militaires mutins ont ensuite pris d’assaut la télévision nationale pour annoncer la destitution du président Patrice Talon. Ils ont évoqué une « dégradation de la situation sécuritaire » et des « libertés fondamentales menacées », sans préciser leurs revendications exactes.
Quelques heures plus tard, le ministre béninois de l’Intérieur, Alassane Seidou, est intervenu à la télévision pour confirmer que l’opération avait été déjouée. Le président Talon a lui-même pris la parole en soirée pour rassurer la population : « La sécurité et l’ordre public seront maintenus partout sur le territoire national ». Il a également promis de « punir les responsables de cette forfaiture », saluant au passage les forces de la garde républicaine.
Un contexte régional marqué par l’instabilité politique
Cette tentative de putsch survient dans un contexte de tensions politiques récurrentes en Afrique de l’Ouest. Depuis le début de la décennie, plusieurs pays voisins du Bénin ont connu des coups d’État : Mali, Burkina Faso, Niger, Guinée et, plus récemment, Guinée-Bissau. Ces instabilités ont poussé les autorités béninoises à renforcer leur vigilance.
Dimanche après-midi, des frappes aériennes nigérianes ont été signalées à Cotonou, en coordination avec les protocoles de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Cette organisation a ensuite annoncé le déploiement immédiat de troupes en provenance du Nigeria, de la Sierra Leone, de la Côte d’Ivoire et du Ghana pour soutenir le gouvernement béninois et « préserver l’ordre constitutionnel ».
La Force en attente de la CEDEAO, qui a déjà intervenu en Gambie en 2017, a réaffirmé son engagement en faveur de la stabilité régionale. Cependant, elle n’avait pas pu agir lors du coup d’État au Niger en 2023, faute de consensus entre les États membres.
L’Union africaine (UA) a également condamné « fermement et sans équivoque » cette tentative de déstabilisation.
Réactions internationales et impacts sur la population
La France, ancienne puissance coloniale, a réagi en appelant ses ressortissants au Bénin à « rester prudents et confinés » en raison d’un « contexte encore volatile ». Les habitants de Cotonou ont témoigné de leur inquiétude : certains ont quitté leur quartier après avoir entendu des coups de feu, tandis que d’autres ont réduit leurs déplacements en soirée.
Parmi eux, Michelle Eudoxie, une coiffeuse de 50 ans, a expliqué : « On ne sait pas qui est derrière ce coup d’État, alors on préfère rentrer plus tôt ». De son côté, Nabil Sacca, un vendeur d’essence situé près du palais présidentiel, a confié : « J’ai entendu les balles ce matin et j’ai eu très peur ».
Un pays sous tension avant l’élection présidentielle de 2026
Cette crise survient à quelques mois de la fin du second mandat de Patrice Talon, dont la Constitution limite le nombre de mandats à deux. Son dauphin désigné, le ministre des Finances Romuald Wadagni, est considéré comme le favori pour la présidentielle d’avril 2026, l’opposition étant largement exclue du processus électoral.
Si le président sortant est reconnu pour avoir impulsé une croissance économique notable, ses détracteurs lui reprochent un virage autoritaire, sapant la réputation démocratique du Bénin, autrefois saluée pour son dynamisme politique. Anatole Zinsou, informaticien à Cotonou, a souligné : « Il y a une tension palpable depuis des mois, notamment à cause des élections ».
Le dernier coup d’État au Bénin remonte à 1972. Remy Agblo, un commerçant, a déclaré : « Aujourd’hui, c’est comme revivre ce que nos parents ont vécu. Heureusement que ça a été déjoué ».
Les autorités ont confirmé l’arrestation d’une douzaine de soldats impliqués dans la tentative de putsch, bien que le meneur présumé, le lieutenant-colonel Pascal Tigri, n’ait pas été officiellement identifié.