Crimes contre l’humanité au Burkina Faso : une crise humanitaire sous les projecteurs
Au Burkina Faso, depuis 2023, les violences armées ont fait plus de 1 800 morts parmi les civils et contraint des dizaines de milliers de personnes à fuir leur foyer. Ces exactions, attribuées à l’armée burkinabè et ses milices associées ainsi qu’à un groupe armé affilié à Al-Qaïda, s’apparentent à des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Une situation alarmante qui exige une réponse internationale urgente.
Des exactions documentées par les observateurs internationaux
- L’armée burkinabè et ses alliés : plus de 1 800 civils tués et des déplacements massifs depuis 2023.
- La junte militaire : responsable d’abus graves, refuse de traduire en justice les coupables et restreint la liberté d’information pour masquer la réalité des souffrances civiles.
- Les groupes armés islamistes : parmi eux, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), lié à Al-Qaïda, cible également les populations civiles.
Selon Human Rights Watch, les organismes régionaux et les partenaires internationaux doivent collaborer avec les autorités du Burkina Faso pour mettre fin à ces violations et établir les responsabilités. Un rapport de 341 pages, intitulé « Personne ne pourra s’échapper », détaille ces atrocités et leur impact dévastateur sur les populations locales.
Une impunité généralisée et des victimes sans recours
Les enquêtes menées par Human Rights Watch révèlent que les deux camps belligérants bénéficient d’une impunité quasi totale. Les victimes et leurs familles n’ont ni confiance ni accès aux institutions judiciaires nationales. Les autorités minimisent systématiquement les allégations d’abus, en particulier ceux commis par les forces militaires et les milices, et aucune enquête crédible n’a été menée.
Philippe Bolopion, directeur exécutif de l’organisation, déclare : « L’ampleur des atrocités commises au Burkina Faso est stupéfiante, tout comme le manque d’attention mondiale portée à cette crise. » Il ajoute : « La junte commet elle-même des abus atroces, ne prend aucune mesure pour traduire en justice les responsables des deux camps et limite la diffusion d’informations afin de dissimuler les souffrances des civils pris dans les violences. »
Des attaques ciblées et des nettoyages ethniques
Les forces armées burkinabè et leurs milices alliées, notamment les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), sont accusées de cibler spécifiquement les communautés peules, qu’elles accusent de soutenir les groupes armés islamistes. Ces actions ont conduit à des nettoyages ethniques dans plusieurs régions, comme en témoignent des massacres documentés à Djibo et à Bassé.
Le GSIM, de son côté, utilise la terreur pour imposer son contrôle territorial. En août 2024, le groupe a tué au moins 133 civils à Barsalogho, accusant la communauté entière de soutenir les VDP. « Les gens tombaient comme des mouches. Ils sont venus nous exterminer. Ils n’ont épargné personne », raconte un survivant.
Des crimes contre l’humanité reconnus par les observateurs
Les crimes documentés incluent des homicides intentionnels, des attaques contre des civils, des pillages, des déplacements forcés et des violations graves des droits humains. Ces actes, commis par toutes les parties, constituent des crimes contre l’humanité. Human Rights Watch identifie notamment le président Ibrahim Traoré et six hauts commandants militaires burkinabè comme potentiellement responsables au titre de la responsabilité de commandement.
Côté islamiste, Iyad Ag Ghaly, dirigeant suprême du GSIM et recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour des crimes présumés au Mali, ainsi que quatre commandants du groupe, pourraient également être tenus pour responsables des exactions commises au Burkina Faso.
Appel à une action internationale concertée
Pour mettre fin à cette crise, Human Rights Watch exhorte les partenaires internationaux du Burkina Faso — dont les Nations Unies, l’Union africaine, l’Union européenne et les États-Unis — à agir. Ils doivent promouvoir la reddition de comptes, notamment en imposant des sanctions ciblées contre les commandants responsables d’abus. Le Bureau du Procureur de la CPI est également appelé à ouvrir un examen préliminaire sur les crimes présumés perpétrés depuis septembre 2022.
Philippe Bolopion conclut : « Le monde doit reconnaître l’ampleur des atrocités qui se déroulent au Burkina Faso afin qu’il y soit mis un terme. Les organismes régionaux et les gouvernements partenaires devraient coopérer avec les autorités du Burkina Faso et les inciter à s’attaquer aux graves violations commises par toutes les parties et à déterminer véritablement les responsabilités. »
Contexte : l’escalade de la violence au Burkina Faso
En 2016, le GSIM et d’autres groupes armés islamistes ont lancé une insurrection contre les gouvernements successifs du Burkina Faso, dans le cadre d’une offensive régionale plus large au Sahel. Ces groupes ont tué des civils, pillé des biens et imposé des sièges sur des villes et villages, provoquant famines et maladies. Face à cette menace, la junte militaire a répondu par des campagnes de contre-insurrection violentes, ciblant souvent des communautés entières accusées de soutenir les islamistes.
Les meurtres et déplacements forcés sont devenus des tactiques courantes, tant pour l’armée et ses milices que pour le GSIM. Les populations civiles, prises au piège, subissent les conséquences d’un conflit où aucune des parties ne semble prête à respecter le droit international humanitaire.