Réunis à leur siège du quartier Bololo dans le 2ᵉ arrondissement de N’Djamena, les membres du parti politique Les Patriotes ont dressé un bilan alarmant de la situation nationale. Par la voix de leur porte-parole, Hisseine Abdoulaye, la formation dénonce un climat politico-sécuritaire qu’elle qualifie de chaotique, marqué par une dérive autoritaire et une instabilité croissante.

Une insécurité galopante sur plusieurs fronts

Le constat dressé par Les Patriotes est sans appel : le Tchad s’enfonce dans une spirale de violence. Le parti pointe du doigt la recrudescence des incursions meurtrières de Boko Haram dans la province du Lac. Les affrontements récents à Barka Tolorom et Kaïga Kindjiria ont été particulièrement sanglants, coûtant la vie à 23 soldats tchadiens. Parallèlement, l’est et le sud du pays ne sont pas épargnés par des conflits intercommunautaires d’une rare intensité. Dans le Wadi Fira, plus de 40 personnes ont péri lors de heurts tribaux, exacerbés par la prolifération d’armes de guerre transitant depuis le Soudan.

L’étouffement de l’opposition politique

Sur le terrain politique, Les Patriotes fustigent une stratégie de répression systématique visant les voix dissidentes. Le parti évoque avec gravité la disparition brutale de Yaya Dillo, l’incarcération de Succès Masra et la dissolution forcée du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP) par les instances judiciaires. Pour les responsables du parti, ces événements, couplés aux restrictions des libertés publiques et aux pressions exercées sur les journalistes, témoignent d’une volonté délibérée de museler toute contestation.

Une justice jugée expéditive et partiale

Le point d’orgue de cette protestation concerne la condamnation à huit ans de prison ferme de huit figures de proue de l’ex-GCAP. Parmi eux se trouve Nassour Ibrahim Koursami, le président du parti Les Patriotes. Arrêtés fin avril au siège du PAP/JS, ces leaders ont été reconnus coupables d’insurrection, de rébellion et de détention illégale d’armes. Des accusations que le parti rejette en bloc, affirmant qu’aucune preuve matérielle n’a été produite durant ce qu’il qualifie de parodie de procès.

La formation politique accuse directement le ministère de l’Administration du territoire, le parquet et la Cour suprême d’avoir coordonné une opération visant à écarter définitivement les adversaires politiques du pouvoir en place.

Un appel à la résistance démocratique

Face à cette situation, Les Patriotes exigent la libération sans délai des prisonniers politiques et interpellent les partenaires internationaux pour qu’ils ne ferment pas les yeux sur ces violations des droits humains. En conclusion de son intervention, Hisseine Abdoulaye a exhorté la population à une mobilisation citoyenne pour restaurer les principes démocratiques. Pour illustrer son propos, il a rappelé une maxime célèbre soulignant que la vérité reste l’ennemie naturelle des régimes oppressifs.