Dans sa quête de stabilisation et de contrôle du territoire, le pouvoir de transition à Niamey envisage une transformation radicale de l’organisation administrative du Niger. Sous l’impulsion du général Abdourahamane Tiani, un projet ambitieux a été dévoilé le mardi 12 mai 2026 devant le Conseil consultatif de la Refondation (CCR). Cette initiative prévoit une multiplication significative des entités territoriales, faisant passer le pays de 8 à 19 régions, tandis que le nombre de départements grimperait de 63 à 82.
Ce plan, détaillé par Abdoulkader Hama, directeur général de l’Administration territoriale, s’inscrit dans la vision de refondation portée par le chef de l’État et son ministre de l’Intérieur, le général Mohamed Toumba. L’idée centrale est d’optimiser la gestion de l’espace national pour mieux répondre aux défis contemporains.
Une restructuration profonde des entités régionales
Le nouveau découpage propose de fragmenter les régions historiques pour créer des pôles de gestion plus restreints. Concrètement, les zones de Maradi, Zinder et Tahoua seraient chacune divisées en trois nouvelles entités. De leur côté, Tillabéri, Agadez et Diffa verraient leur territoire scindé en deux. La capitale, Niamey, serait quant à elle réorganisée autour de deux départements distincts. Au total, le maillage communal atteindrait 255 communes.
Cette stratégie vise officiellement à réduire la distance entre l’administration et les administrés. En renforçant la présence de l’État dans les zones reculées, les autorités espèrent pallier le déficit de services publics et asseoir une autorité plus directe sur l’ensemble du pays.
L’enjeu sécuritaire demeure le moteur principal de cette réforme. Le ministre Mohamed Toumba a souligné que cette densification administrative est un levier essentiel pour appuyer les forces de défense. En multipliant les centres de décision et de commandement, le Niger entend mieux protéger les zones sensibles, notamment la région des trois frontières, ciblée par l’État islamique au Sahel, ainsi que le bassin du Lac Tchad, en proie aux attaques de Boko Haram et de l’ISWAP.
Des voix discordantes au sein des populations locales
Malgré les objectifs affichés, ce projet de redécoupage suscite des interrogations et des mécontentements dans certaines localités. À l’est, le projet de création de la région de Komadougou, avec Diffa pour centre névralgique, provoque des remous. Les habitants de Nguigmi regrettent que leur département ne soit pas élevé au rang de région et contestent une appellation qu’ils jugent déconnectée de leur réalité géographique.
À l’ouest, des préoccupations émergent également dans le département de Say. Certains observateurs craignent que la nouvelle configuration n’allonge les trajets pour rejoindre les chefs-lieux, allant ainsi à l’encontre du principe de proximité prôné par le gouvernement. Pour l’heure, l’aspect financier de cette vaste réforme, incluant la construction de nouveaux gouvernorats et le déploiement de personnels, n’a pas encore été chiffré précisément. Le texte doit encore faire l’objet d’ajustements avant sa validation définitive par les instances de la transition.