Au Sénégal, exprimer une opinion critique à l’encontre d’Ousmane Sonko s’apparente à un exercice périlleux. Cette réalité s’explique notamment par l’activisme radical de ses partisans sur les plateformes numériques.

ousmane sonko lors d'une visite officielle à Rabat en janvier 2025

L’escalade des tensions entre Bassirou Diomaye Faye, président de la République, et Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale, exacerbe les tensions déjà vives au sein du débat démocratique. Des acteurs de la société civile et des journalistes tirent la sonnette d’alarme face à l’atmosphère d’intimidation qui domine actuellement au Sénégal. Les détracteurs d’Ousmane Sonko subissent régulièrement des campagnes de dénigrement massives sur les réseaux sociaux, orchestrées par les militants les plus engagés du Pastef, parti majoritaire.

Cette situation pousse de nombreux observateurs à l’autocensure, de peur de subir des représailles, qu’elles soient numériques ou physiques.

Des prises de position controversées envers les médias et la justice

Dès son arrivée à la Primature en avril 2024, Ousmane Sonko a multiplié les déclarations menaçantes envers les médias :

« À l’avenir, il sera impossible de tolérer que des organes de presse publient des informations non vérifiées au nom d’une prétendue liberté d’expression, sans aucun fondement solide. »

Parallèlement, il s’en prend régulièrement à l’indépendance du système judiciaire sénégalais. En novembre 2025, lors d’une réunion, il a accusé certains magistrats de freiner les enquêtes financières, perpétuant ainsi les pratiques du « système » qu’il combat depuis ses débuts en politique. Ces propos ont suscité une vive réaction parmi les professionnels du droit.

Les droits des femmes, une cause en recul

Les associations féministes dénoncent également un net recul dans la protection des droits des femmes. Plusieurs exemples illustrent cette tendance préoccupante. Selon Ossama Monique Sagna, militante féministe de premier plan, la loi sur la parité, adoptée en 2010, peine à être appliquée concrètement.

« Le dernier gouvernement de Macky Sall comptait sept femmes ministres, contre seulement quatre dans celui d’Ousmane Sonko avant son départ forcé il y a quelques jours. Cela représente moins de 13 % de représentation féminine dans les instances décisionnelles, un chiffre en net recul. »

Ossama Monique Sagna souligne que les revendications féministes restent globalement les mêmes depuis des années. Malgré les appels répétés, les réformes structurelles attendent toujours. Parmi les priorités non résolues figurent la réforme du Code de la famille, l’application du protocole de Maputo relatif aux droits reproductifs, ou encore la lutte contre les féminicides. En 2025, pas moins de 18 féminicides ont été recensés au Sénégal, un chiffre qui illustre l’urgence d’agir.

des policiers en faction devant le palais de justice de Dakar
adji sarr, plaignante dans l'affaire d'ousmane sonko, quittant le tribunal de Dakar en décembre 2022

Face à cette situation, la militante s’interroge : « Où sont les actions fortes de la part des autorités pour endiguer ces violences ? » Les réponses politiques se font toujours attendre, laissant les victimes dans un profond désarroi.