Avec plus de 3 000 cas confirmés et près de 1 500 décès enregistrés, l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) s’étend à un rythme alarmant. Selon les dernières estimations, la propagation suit une courbe exponentielle, doublant tous les vingt jours. Julien Harneis, coordinateur principal des Nations unies pour la lutte contre Ebola, alerte sur la vitesse de cette expansion, jugée bien supérieure à celle de la réponse sanitaire mise en place.

Ouganda Mpondwe | Passage de la frontière vers le Congo

Des frontières ouvertes pour une riposte efficace

Face à la propagation d’Ebola, certains États avaient opté pour des mesures drastiques comme la fermeture de leurs frontières avec la République démocratique du Congo. Le Rwanda, par exemple, avait initialement suspendu les passages terrestres et interdit l’entrée aux voyageurs ayant séjourné en RDC. Une réouverture partielle a depuis été instaurée, incluant des protocoles sanitaires stricts comme le lavage des mains et le contrôle de la température.

L’Ouganda avait également temporairement verrouillé ses postes-frontières, tout en maintenant des exemptions pour les convois humanitaires, les missions de sécurité et les livraisons de marchandises. À l’échelle internationale, le Canada a annoncé la suspension des visas pour les ressortissants ayant séjourné en RDC, en Ouganda ou au Soudan du Sud au cours des trois dernières semaines, ainsi que la restriction de certains services consulaires.

Pourtant, les Nations unies insistent sur la nécessité de conserver les frontières ouvertes. Une mesure cruciale pour faciliter l’acheminement des équipements médicaux, l’arrivée des équipes d’urgence et la mobilité des soignants à l’intérieur même de la RDC. Les restrictions frontalières, en poussant les populations vers des voies non surveillées, risquent d’aggraver la propagation du virus en compliquant son suivi.

Ouganda Bundibugyo 2026 | Lutte contre Ebola à la frontière avec la République démocratique du Congo

Ebola aggrave la crise alimentaire en Ituri

Selon le Programme alimentaire mondial (Pam), l’épidémie s’ajoute à une crise humanitaire déjà profonde. L’Ituri, épicentre de l’épidémie, compte près de deux millions de personnes en situation de précarité alimentaire. Les restrictions de circulation perturbent l’approvisionnement en denrées et en intrants agricoles, privant les communautés de semences et d’outils essentiels.

« Les patients ne sont pas toujours pris en charge par les structures humanitaires ou gouvernementales. Ce sont souvent leurs proches qui assurent leur soutien. Les familles peinent également à se procurer des vivres, ce qui affecte directement les populations les plus vulnérables », explique Butoto Bigiri Naum, responsable de l’ONG Action pour le développement et le bien-être des communautés (UGEAFI). Cette organisation, en partenariat avec l’ONG allemande Help, intervient auprès des populations rurales et des groupes les plus exposés aux risques sanitaires et nutritionnels.

République démocratique du Congo, distribution de nourriture dans un camp de réfugiés

Le Pam révèle que plus de 2,65 millions de personnes vivant dans les zones touchées par Ebola souffrent d’insécurité alimentaire aiguë, dont 628 000 en situation d’urgence. Les femmes enceintes et les enfants figurent parmi les plus touchés par cette pénurie, aggravée par la flambée des prix des produits de base. Les restrictions de mouvement limitent l’accès aux marchés, rendant l’alimentation quotidienne encore plus difficile.

L’épidémie menace aussi le secteur agricole : la peur de la contamination pousse les agriculteurs à abandonner leurs terres, ce qui menace les récoltes futures et risque d’entraîner des famines. Pour endiguer cette crise, le Pam distribue une aide alimentaire aux patients, à leurs contacts, aux travailleurs de première ligne et aux ménages affectés. Cette mesure vise à soutenir les familles dans le respect des consignes sanitaires, tout en atténuant les tensions sociales liées à la précarité alimentaire.

L’aide alimentaire joue également un rôle clé en réduisant les déplacements des populations à la recherche de nourriture. Elle crée un environnement plus stable pour les interventions médicales, tout en soulageant les familles déjà fragilisées par l’épidémie.