Gabon : le président Oligui Nguema trace sa feuille de route

Libreville — Dans un entretien exclusif accordé depuis la Cité de la Démocratie, le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a détaillé sa vision pour le pays, articulée autour de trois axes majeurs : souveraineté économique, réformes structurelles et diplomatie équilibrée.
Trois ans après son arrivée au pouvoir et un an après son élection avec plus de 94 % des voix, le chef de l’État a choisi de s’exprimer devant un large public international. Lors de cet échange médiatique, il a présenté un bilan volontairement axé sur le long terme, tout en répondant aux interrogations sur les défis économiques et sociaux qui traversent le Gabon.
Son message central ? Une refonte progressive des fondements du pays, loin des logiques de précipitation ou de rupture brutale.
Des réformes ambitieuses, mais étalées dans le temps
Face aux critiques récurrentes sur la lenteur de certains chantiers, notamment dans les secteurs de l’eau et de l’électricité, Oligui Nguema a nié toute velléité de précipitation. Il a souligné que son mandat de sept ans s’inscrit dans une logique de transformation durable, bien au-delà des résultats immédiats.
Parmi les avancées mises en avant : les investissements massifs dans les infrastructures énergétiques, estimés à plus de 800 milliards de francs CFA. Le président a rappelé que ces projets, bien que coûteux et complexes, s’inscrivent dans une stratégie globale visant à réduire la dépendance du pays vis-à-vis des importations et à améliorer le quotidien des Gabonais.
Pour lui, la réussite ne se mesure pas en mois, mais en décennies. Cette philosophie marque une rupture claire avec les approches traditionnelles de gestion publique au Gabon.
Souveraineté économique : le Gabon tourne la page des matières premières brutes
C’est sur le volet économique que les déclarations du président ont été les plus percutantes. Concernant les négociations avec le Fonds monétaire international, il a réaffirmé sa volonté de conclure un accord, mais sous une condition non négociable : un audit préalable complet des finances publiques gabonaises.
Cette exigence reflète une volonté affichée de reprendre le contrôle des engagements financiers du Gabon avant toute nouvelle signature internationale. Une position qui s’étend à la politique minière du pays.
Parmi les annonces les plus marquantes : l’interdiction, à partir de 2029, de l’exportation du manganèse brut. Producteur majeur de ce minerai, le Gabon souhaite désormais en assurer la transformation locale, afin de créer de la valeur ajoutée sur son sol. Une décision qui vise clairement à redéfinir les relations avec les multinationales, comme le groupe français Eramet, dont les usines de transformation devront être opérationnelles avant la date butoir, sous peine de sanctions.
Cette stratégie s’inscrit dans une logique plus large de rééquilibrage des partenariats économiques, où l’État gabonais entend jouer un rôle central dans la création de richesse.
Une diplomatie d’équilibre, sans rupture ni alignement excessif
Sur la scène internationale, le président a tenu à préciser que l’affirmation de la souveraineté gabonaise ne signifie pas l’isolement. Il a confirmé la tenue prochaine d’une visite d’État en France, insistant sur la solidité des liens entre Libreville et Paris.
Dans le même temps, il a clarifié la position du Gabon concernant la rétrocession du Camp de Gaulle, présentée comme le fruit d’une collaboration constructive, et non comme une mesure de rupture comme celle observée ailleurs en Afrique.
Concernant la proposition américaine d’accueillir des migrants expulsés des États-Unis, Oligui Nguema a clairement indiqué que cette option ne correspondait pas aux intérêts stratégiques du Gabon, malgré les relations généralement bonnes entre les deux pays.
L’après-Bongo : une transition sans dynastie
L’entretien a également permis d’aborder la question de l’ancien président Ali Bongo Ondimba. Sans entrer dans des détails personnels, le chef de l’État a évoqué son état de santé et rappelé que les responsabilités des dérives passées devaient être recherchées dans le système, et non dans une seule personne.
Mais c’est sur l’avenir institutionnel que ses propos ont été les plus scrutés. En pleine région marquée par des pratiques de prolongations de mandat et de successions dynastiques, Oligui Nguema a réaffirmé son attachement au principe d’un septennat renouvelable une seule fois. Une déclaration forte, destinée à rassurer sur sa volonté de bâtir un système politique stable et démocratique, où l’alternance est un pilier.
Entre ambitions et réalités : le Gabon à l’épreuve du temps
Au-delà des discours, cet entretien a révélé une doctrine politique désormais bien ancrée : souveraineté économique, transformation locale des ressources, rééquilibrage des partenariats internationaux, et réformes progressives des infrastructures. Autant de piliers qui structurent l’action du pouvoir actuel.
Pourtant, la véritable épreuve reste celle de la mise en œuvre. Malgré un capital politique encore solide, les attentes de la population sont immenses. Les Gabonais jugeront moins sur les promesses que sur les résultats concrets, mesurables et durables.
Un an après son investiture, Brice Clotaire Oligui Nguema présente une vision ambitieuse : celle d’un Gabon qui reprend le contrôle de son destin, tant sur le plan économique que politique. Reste à savoir si cette ambition pourra se concrétiser, année après année, sans se heurter aux réalités du terrain.