Le Niger a officiellement lancé la procédure de retrait de la Cour pénale internationale (CPI), marquant une nouvelle étape dans la volonté des autorités militaires, au pouvoir depuis juillet 2023, de rompre avec certaines institutions internationales. Cette décision, annoncée par Niamey, s’inscrit dans une logique de défense de la souveraineté nationale et de remise en cause du fonctionnement d’une juridiction souvent critiquée sur le continent africain.

Les autorités nigériennes reprochent notamment à la CPI de focaliser l’essentiel de ses actions sur les États africains. Depuis sa création en 2002, la majorité des enquêtes et des poursuites engagées par le tribunal basé à La Haye concernent en effet des pays du continent. Ce déséquilibre alimente depuis plusieurs années les accusations de « justice sélective » émanant de nombreux dirigeants africains.

Ce retrait s’effectue également dans le cadre d’un repositionnement géopolitique du Niger. Après la rupture avec plusieurs partenaires occidentaux, le régime nigérien privilégie désormais une coopération renforcée avec les membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), que forment le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Ces trois pays multiplient les initiatives communes pour accroître leur autonomie politique et sécuritaire.

La sortie de la CPI vient s’ajouter à une série de décisions illustrant la volonté des autorités de réduire l’influence des institutions internationales perçues comme contraires aux intérêts nationaux. Pour les partisans du régime, cette orientation traduit une affirmation de la souveraineté. En revanche, ses détracteurs estiment qu’un éloignement des mécanismes internationaux de justice pourrait compromettre la lutte contre l’impunité et priver les victimes de crimes graves d’une voie de recours.

Sur le plan juridique, ce retrait n’est pas immédiat. Conformément au Statut de Rome, le traité fondateur de la CPI, la procédure ne prend effet qu’un an après la notification officielle aux Nations unies. Par ailleurs, les enquêtes déjà ouvertes avant la date de retrait restent de la compétence de la Cour.

En choisissant de quitter la CPI, le Niger rejoint ainsi le débat plus large sur la place de l’Afrique dans les institutions internationales et sur l’équilibre entre souveraineté nationale et justice pénale internationale.