Mali Algérie : un dégel diplomatique sous haute tension

Le président de transition malien, le général Assimi Goïta, lors du sommet de l'Alliance des États du Sahel à Bamako, en décembre 2025.

Après plus d’un an de tensions extrêmes entre le Mali et l’Algérie, les deux pays ont finalement annoncé le rétablissement de leurs relations diplomatiques. Une surprise pour beaucoup, alors que les accusations mutuelles pleuvaient, notamment sur le soutien algérien présumé à des groupes armés actifs le long de leur frontière commune. Quels sont les véritables enjeux de ce rapprochement ? La Russie ou le Niger ont-ils joué un rôle clé dans cette détente ? Et surtout, cette réconciliation va-t-elle faire évoluer la stratégie militaire de Bamako, fondée jusqu’ici sur une réponse purement sécuritaire aux défis jihadistes et indépendantistes ?

une crise diplomatique aux racines profondes

La rupture entre le Mali et l’Algérie s’est cristallisée en avril 2025, lorsque Bamako a accusé Alger de complicité avec les groupes armés du Jnim, lié à al-Qaïda, et du Front de libération de l’Azawad (FLA), un mouvement indépendantiste touareg. Les autorités maliennes de transition, arrivées au pouvoir en 2020, avaient rompu l’accord de paix d’Alger de 2015, qui prévoyait un dialogue avec les groupes armés du Nord. Depuis, leur approche repose exclusivement sur la force militaire.

Pourtant, ce dégel inattendu soulève de nombreuses questions. Qui a poussé à cette réconciliation ? Les spéculations sont nombreuses : la Russie, qui aurait exigé de Bamako une posture plus conciliante envers Alger, ou bien le Niger, qui a lui-même renoué avec l’Algérie en début d’année ? Les discussions entre Alger et Moscou existent bel et bien, mais selon nos observations, leur rôle direct dans ce rapprochement semble limité. En revanche, le Niger aurait joué un rôle de médiateur discret, mais décisif, dès avant les attaques coordonnées d’avril 2025.

un deal politique en coulisses

Derrière cette détente se cache un accord tacite. L’un des points clés de ce pacte serait le retour à une logique politique, reléguant au second plan la solution purement militaire. Une clause qui pourrait ouvrir la voie à des discussions avec le FLA, même si le gouvernement malien reste officiellement inflexible sur ce point.

Michaël Ayari, analyste principal pour l’Algérie au sein du International Crisis Group et auteur d’un rapport à paraître intitulé Algérie-Mali : consolider la détente, analyse la situation : « Il y a forcément eu un accord. Le primat du politique sur le militaire doit en faire partie. Le retour à l’accord d’Alger de 2015 me semble peu probable, mais une initiative politique directe avec le FLA pourrait émerger, car l’État malien ne peut se permettre de s’effondrer. Et l’Algérie, comme tous les voisins du Sahel, a tout intérêt à éviter un effondrement du Mali. »

Cependant, cette évolution n’est pas encore certaine. Plusieurs obstacles pourraient la freiner : des tensions internes au régime malien, une opinion publique hostile à tout dialogue avec les rebelles, ou encore la montée en puissance du Jnim, qui pourrait perturber les négociations.

l’ombre des groupes armés et des tensions persistantes

L’Algérie entretient des relations complexes avec les groupes armés malien. Depuis les années 1980, Alger joue un rôle d’équilibriste : trop proche de Bamako, elle perd son influence auprès des rebelles ; trop proche de ces derniers, elle risque de s’aliéner les autorités maliennes. Résultat, Alger ferme parfois les yeux sur certaines activités, sans pour autant les soutenir activement.

Cela explique pourquoi des figures comme l’imam Dicko, opposant malien en exil et critique virulent du régime de transition, pourraient devoir adopter une posture plus discrète si l’accord tient. Une extradition semble peu probable, mais son retour en grâce dépendra de la solidité du deal.

Autre point de friction : la reconnaissance par le Mali du plan marocain pour le Sahara occidental. Une décision mal perçue à Alger, même si les deux pays semblent avoir choisi de ne pas en faire un sujet de discorde majeur.

un dégel durable ou une simple trêve ?

Michaël Ayari tempère l’enthousiasme : « Quand des communiqués officiels annoncent une détente, c’est qu’un accord a été trouvé au plus haut niveau. Mais cela ne garantit pas une progression linéaire. Des rechutes sont possibles, notamment si le Jnim gagne du terrain ou si des désaccords internes au Mali émergent. »

Les prochaines étapes seront déterminantes : renforcement de la coopération sécuritaire, échange accru de renseignements, et surtout, implication d’Alger dans les discussions avec le FLA. Si ces mesures sont mises en œuvre, cela pourrait marquer le début d’une nouvelle dynamique. Sinon, ce dégel ne restera qu’un feu de paille dans une région où les crises se succèdent.