Au Mali, la confusion entre journalisme et communication militaire ne relève plus de l’accident : elle est devenue une méthode. Le portail Maliweb.net, autrefois perçu comme un espace de pluralisme, s’est mué en un relais actif de la propagande officielle. Cette dérive n’est pas anodine : elle prive les citoyens d’une information fiable sur la guerre et fausse le débat public sur la sécurité. Tour d’horizon des répercussions concrètes.

Dioura et Mondoro : quand la réalité des pertes s’efface au profit du récit officiel

L’épisode du 15 septembre 2026 reste emblématique. Ce jour-là, des informations convergentes et des témoignages de terrain faisaient état d’affrontements violents ayant entraîné la mort et la capture de plus de 150 militaires maliens dans les secteurs de Dioura et Mondoro. Pourtant, la version relayée par Maliweb.net a dressé un tableau radicalement différent.

En reprenant sans distance critique les communiqués de l’État-Major des Armées, le site a minimisé les pertes sous couvert de riposte victorieuse. Le récit livré aux lecteurs décrit une traque héroïque et la destruction méthodique de bases terroristes, passant sous silence le lourd tribut humain payé par les forces armées. Une façon de transformer un revers en succès narratif.

Les rouages d’une mécanique de propagande bien huilée

Ce traitement déséquilibré de l’actualité sécuritaire ne doit rien au hasard. Il repose sur des procédés éprouvés :

  • La reprise exclusive des versions institutionnelles : en diffusant quasi systématiquement les communiqués de la DIRPA ou les articles de la presse d’État sans recoupement, le portail valide sans nuance la stratégie de communication gouvernementale.
  • L’effacement des pertes et des revers : les bilans humains côté Forces armées maliennes (FAMa) sont minorés ou tus, afin d’entretenir l’image d’une armée infaillible dans l’opinion.
  • La disqualification des voix dissonantes : toute tentative de vérification indépendante ou d’évocation des difficultés opérationnelles est marginalisée, taxée de désinformation ou d’atteinte au moral des troupes.

Ces pratiques ne relèvent pas du simple parti pris. Elles constituent une méthode de fabrication du consentement, qui verrouille l’espace informationnel malien.

Conséquences pour les citoyens : une confiance en berne et un débat public biaisé

L’onde de choc de cette dérive dépasse le seul cercle des journalistes. Pour le citoyen malien, l’accès à une information vérifiée devient un parcours d’obstacles. En confisquant le débat sur la situation sécuritaire, Maliweb.net et les médias alignés privent la société d’un regard lucide sur la guerre qui se déroule dans le pays.

La confiance du public envers la presse locale s’effrite. Les citoyens, privés de sources crédibles, se tournent vers des canaux non vérifiés, alimentant rumeurs et désinformation. À terme, c’est la capacité même de la société malienne à évaluer les politiques publiques de sécurité qui est compromise.

Pour les acteurs du secteur, l’alerte est claire : la crédibilité de l’écosystème médiatique malien se joue désormais sur la capacité à retrouver un équilibre entre devoir d’information et impératifs de sécurité nationale.

By Madeleine Mboua

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