Vingt-deux ans après l’adoption de la loi sur la Défense nationale, le Mali franchit une étape décisive avec une réforme majeure de son architecture sécuritaire. Le projet, récemment validé par le Conseil national de Transition, élargit le cadre initial en intégrant la sécurité intérieure, la cyberdéfense et la gestion globale des crises.

Le texte, approuvé en juillet 2026 par les 125 membres du CNT, doit remplacer la loi n°04-051 de 2004 une fois promulgué et publié. Lors de sa présentation devant les conseillers, le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, le Général Daoud Aly Mohammedine, a souligné l’urgence de cette révision face à l’évolution du contexte sécuritaire. Il a également mis en avant la démarche inclusive adoptée, associant l’ensemble des acteurs de la sécurité aux travaux préparatoires.

Une refonte des responsabilités et du commandement

La loi de 2004 encadrait déjà la sécurité intérieure, la défense civile et la collaboration avec les collectivités, la société civile et les citoyens. Cependant, cette nouvelle architecture vise à clarifier et à adapter les rôles à des menaces contemporaines. Le Conseil de sécurité nationale et le Comité de défense nationale succèdent au Conseil supérieur de défense et à l’ancien Comité de défense, renforçant ainsi la coordination sous l’autorité du Chef de l’État.

Le Commandement opérationnel unifié, placé sous l’égide du Chef d’État-major général des Armées, est consacré pour les opérations de défense du territoire. Cette mesure permet une réaction plus rapide en cas d’attaque majeure, de crise ou de menace transfrontalière, sans pour autant soumettre en permanence les forces de police, de gendarmerie, de garde nationale et de protection civile à une autorité militaire.

Cyberdéfense et militarisation des acteurs

La réforme intègre explicitement la cyberdéfense et la sécurité des systèmes d’information. En juin, le gouvernement a adopté des textes créant l’Agence nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information (ANSSI), conformément à la Stratégie nationale de cybersécurité 2026-2030. Son rôle sera de coordonner la réponse aux cyberattaques et de protéger les infrastructures stratégiques, marquant ainsi une avancée majeure dans la protection de l’État.

Par ailleurs, la militarisation de la Police nationale et de la Protection civile depuis 2022 facilite leur intégration dans un dispositif plus cohérent, tout en conservant leurs missions initiales de sécurité publique et d’assistance aux populations.

Renforcement territorial et implication des acteurs locaux

Le ministre a insisté sur trois priorités : le renforcement de l’Administration territoriale, l’association des légitimités traditionnelles à la lutte antiterroriste et l’accélération des recrutements ainsi que des équipements des forces de sécurité. Le ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation joue désormais un rôle central dans la défense civile, la coordination des services déconcentrés et l’implication des collectivités locales. L’objectif est de faciliter la remontée des alertes depuis les communes, sans transformer les citoyens en auxiliaires des forces publiques.

Coordination et défis opérationnels

La réussite de cette réforme dépendra de plusieurs facteurs : la mise en place des textes d’application, le partage efficace des renseignements, les moyens alloués aux collectivités, les compétences en cyberdéfense et le suivi rigoureux des intégrations. La chaîne de commandement, la rapidité des décisions et la confiance entre les institutions, les forces de sécurité et les populations seront déterminantes pour son efficacité.

Enfin, bien que non directement liée au projet de loi, l’intégration de 2 000 ex-combattants via le programme DDR-I depuis août 2026 a permis de tester la coordination entre la Défense, la Sécurité, les autorités de réconciliation et les acteurs territoriaux. Un pas supplémentaire vers une sécurité nationale plus intégrée et résiliente.