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Niger : le général Tiani face à l’échec de sa stratégie anti-terroriste

Il y a deux ans jour pour jour, le général Abdourahamane Tiani justifiait son coup d’État par la nécessité impérieuse de rétablir la sécurité au Niger. En renversant le président Mohamed Bazoum, élu démocratiquement, la junte militaire promettait un sursaut contre l’avancée des groupes armés dans le pays. Pourtant, deux ans plus tard, le bilan est loin de répondre aux attentes initiales. Les récentes déclarations d’un responsable du Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), lié à Al-Qaïda au Sahel, viennent confirmer l’impasse dans laquelle se trouve le pouvoir de Niamey.

Une menace qui dépasse les promesses de rupture

Le message diffusé par le cheikh Albani Al-Ansari, porte-parole du JNIM, est sans ambiguïté. Dans une vidéo largement relayée, il ne se contente pas de contester la légitimité de la junte nigérienne ; il révèle la véritable nature du conflit qui déchire le pays. Pour les groupes jihadistes, la sécurité ne dépend pas des alliances internationales ou des changements de régime, mais bien de l’adoption intégrale de la Charia comme fondement de l’État.

Le général Tiani avait construit son discours sur la souveraineté nationale, dénonçant l’influence des puissances occidentales et présentant le départ des forces étrangères comme une condition sine qua non pour regagner le contrôle du territoire. Pourtant, les jihadistes ne partagent pas cette analyse. Leur combat ne vise pas un partenaire militaire ou un dirigeant en particulier, mais l’existence même de l’État nigérien tel que le définit sa Constitution.

Un malentendu stratégique aux conséquences lourdes

Le pouvoir militaire de Niamey a longtemps cru que la solution à la crise sécuritaire passait par une réorganisation interne et une rupture diplomatique. L’armée nigérienne, désormais aux commandes, bénéficiait d’une centralisation des décisions et d’une autonomie accrue pour mener ses opérations. Pourtant, malgré ces ajustements, les attaques continuent de s’intensifier dans plusieurs régions du pays. Les groupes armés, dotés d’une grande capacité d’adaptation, exploitent les failles de l’administration publique, les rivalités communautaires et les contraintes logistiques qui affaiblissent les forces de défense.

Les sanctions imposées par les voisins régionaux après le coup d’État ont également pesé sur les ressources disponibles. Bien que certaines mesures aient été assouplies, leurs répercussions économiques et diplomatiques persistent. Les investissements étrangers se raréfient, les budgets publics se contractent, et les moyens alloués à la sécurité sont insuffisants pour endiguer durablement la menace.

Un rapprochement diplomatique qui ne suffit pas

Pour compenser l’isolement international, la junte s’est tournée vers de nouveaux alliés, notamment la Russie et les régimes militaires de l’Alliance des États du Sahel (AES). Ce repositionnement a renforcé le discours souverainiste du général Tiani, mais il n’a pas produit les effets escomptés sur le terrain. Les populations des zones les plus vulnérables subissent toujours les conséquences des attaques : déplacements forcés, fermeture des écoles et des centres de santé, et une insécurité chronique qui mine leur quotidien.

Le message du JNIM met en lumière une contradiction fondamentale dans la stratégie de la junte. En invoquant fréquemment des valeurs religieuses dans sa communication, le pouvoir militaire espérait peut-être affaiblir l’influence des groupes extrémistes. Pourtant, ces derniers rétorquent que toute référence à l’islam, si elle ne s’accompagne pas de l’application stricte de la Charia, est insuffisante. Pour eux, le régime de Niamey reste une cible légitime, quelle que soit sa rhétorique.

Un équilibre impossible entre deux options irréconciliables

Face à cette situation, le pouvoir militaire se retrouve face à un dilemme insoluble. Accepter les exigences des jihadistes reviendrait à renoncer aux principes républicains qui structurent l’État nigérien depuis des décennies. Rejeter leurs revendications, en revanche, signifie poursuivre une guerre longue, coûteuse et aux résultats incertains. Les groupes armés, eux, poursuivent un projet clair : remplacer l’ordre constitutionnel par un système politico-religieux fondé sur la loi islamique.

Cette impasse souligne une vérité souvent négligée dans le débat public : la lutte contre le terrorisme au Sahel ne peut se limiter à des questions de souveraineté ou d’alliances géopolitiques. Elle exige des institutions stables, une présence étatique effective sur l’ensemble du territoire, une coopération régionale renforcée, et surtout, une réponse adaptée aux fractures sociales et économiques qui alimentent le recrutement des groupes armés.

Le général Tiani face à sa propre illusion

Le renversement d’un gouvernement est une opération souvent rapide et spectaculaire. En revanche, transformer les dynamiques d’un conflit enraciné depuis plus de dix ans s’avère bien plus complexe. En misant sur la souveraineté comme unique levier de sa politique sécuritaire, le général Tiani a suscité des attentes démesurées. Pourtant, les groupes jihadistes rappellent aujourd’hui que leur guerre ne cible pas un partenaire étranger ou un dirigeant spécifique, mais l’État dans son ensemble. Tant que cette réalité ne sera pas pleinement comprise et intégrée, le Niger continuera de payer le prix d’un conflit dont l’issue reste plus incertaine que jamais.