Pétrole au Niger : 418 milliards FCFA de dette, un comité de crise pris en flagrant délit de fabrication de pénalités

Pétrole au Niger : 418 milliards FCFA de dette, un comité de crise pris en flagrant délit de fabrication de pénalités

La gestion de la crise pétrolière nigérienne a basculé dans l’affrontement financier. La réunion à huis clos du 12 octobre 2026 à la Primature a mis en lumière les défaillances de la SONIDEP, le gonflement suspect des pénalités et un bras de fer avec la SORAZ autour d’une dette de 418 milliards FCFA.

Écouter l'article4 min

Une réunion explosive à la Primature

Ce lundi 12 octobre 2026, sous la présidence du Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine, un huis clos s’est tenu à la Primature. Objectif affiché : débloquer le secteur pétrolier et garantir l’approvisionnement. En coulisses, la réunion a viré au fiasco. Un haut responsable, qui a requis l’anonymat, nous a livré les détails de ces délibérations.

La SORAZ dit stop aux frais de session

Premier clash : les coûts du comité. La Société de raffinage de Zinder (SORAZ) a été sommée de payer 12 millions FCFA d’indemnités de session pour la journée. Refus catégorique. « C’était la neuvième réunion du genre, la troisième présidée par le chef du gouvernement. À chaque fois, la SORAZ a déboursé des dizaines de millions sans qu’aucune solution ne soit apportée », confie notre source. Le comité aurait même inséré une clause pour prolonger son mandat au-delà de douze mois.

418 Milliards FCFA : d’où vient l’argent ?

Au cœur du différend entre l’État, la SONIDEP et la SORAZ : une dette de 418 milliards FCFA due par la SONIDEP à la raffinerie. Lors du comité, les représentants de l’État n’ont présenté aucun bilan certifié, citant des coupures de presse. La ventilation interne de ce trou financier se décompose ainsi :

  • 12 % de créances croisées avec NIGELEC ;
  • 18 % de prélèvements autorisés pour les forces armées ;
  • 70 % de sorties de fonds directes de la SONIDEP, dont une partie en espèces vers le Palais présidentiel.

Face à l’impossibilité de justifier ces flux, une stratégie d’effacement de la dette aurait été mise sur pied.

Le mécanisme des pénalités artificielles

Pour annuler comptablement les 418 milliards, le comité aurait gonflé les pénalités infligées à la SORAZ, passant de 6 à 76 milliards FCFA. Le mécanisme d’apurement des créances croisées entre l’État, la SONIDEP, la NIGELEC, la SORAZ et le partenaire chinois CNPC servirait à charger la SORAZ de nouvelles pénalités record, estimées entre 200 et 400 milliards FCFA. « L’objectif est limpide : fabriquer des dettes fictives pour compenser la créance irrécouvrable de la SONIDEP », résume notre informateur.

Sabotage et chute de la production

Les tensions financières impactent directement l’outil industriel. La production, promise à 20 000 barils par jour, s’est effondrée à environ 12 000 barils. Selon notre source, des intervenants algériens, sur instructions des autorités nigériennes, sont intervenus physiquement sur les vannes de la SORAZ, provoquant des surchauffes et mettant en péril la sécurité. La maintenance, prévue en octobre, a été repoussée à mai.

Pénuries et paradoxe des 1 000 barils

Sur le marché, le carburant manque. Pourtant, avec une production de 12 000 barils par jour et une consommation de 11 000 barils, le pays devrait dégager un excédent de 1 000 barils quotidiens. Où va ce surplus ? Les défaillances de traçabilité et les zones d’ombre autour du corridor algérien et de la raffinerie d’Ader alimentent les soupçons de réseaux parallèles.

Contactés, ni la Primature ni la SONIDEP n’ont réagi. Derrière la crise de la pompe, c’est toute la gouvernance pétrolière nigérienne qui est prise au piège de ses contradictions.

Suivre l'actualitéRecevez les nouveaux articles dans votre lecteur de flux préféré