Un revers constitutionnel pour le pastef et son allié Sonko

Le Conseil constitutionnel sénégalais a définitivement douché les espoirs du Pastef en invalidant, hier, sa réforme institutionnelle. Le texte, porté par la majorité parlementaire et soutenu par les partisans d’Ousmane Sonko, visait à rééquilibrer les pouvoirs entre les institutions. Mais pour la plus haute juridiction du pays, cette réforme est contraire à la Constitution.

Saisi par le président Bassirou Diomaye Faye lui-même, le Conseil a relevé deux vices majeurs : l’absence de financement pour la future Cour constitutionnelle prévue par la réforme, ainsi que des irrégularités dans l’adoption de certains amendements gouvernementaux. Une décision qui prive le pays d’un outil clé pour moderniser ses institutions.

Une réforme aux ambitions contestées

Pour ses défenseurs, ce projet de loi devait renforcer le contrôle parlementaire, notamment sur les contrats liés aux ressources naturelles. Mais le Conseil constitutionnel a mis en lumière des lacunes procédurales, rendant le texte inapplicable tel quel. Une source proche des débats souligne : « La majorité parlementaire aurait dû anticiper ces blocages en garantissant un financement adéquat et en respectant strictement les étapes législatives. »

Les réactions politiques se cristallisent

La décision a rapidement suscité des commentaires de part et d’autre. Ousmane Sonko, désormais président de l’Assemblée nationale, a reconnu la décision sur les réseaux sociaux, sans pour autant abandonner l’idée de relancer une réforme. Du côté de la majorité présidentielle, on met en avant la solidité des institutions et la nécessité de poursuivre les discussions.

Parmi les voix les plus critiques, Adji Diarra Mergane Kanouté, ex-députée et présidente de la coalition Ensemble Demain, insiste sur l’importance du respect des procédures : « Le Conseil constitutionnel a rappelé que toute réforme engageant des dépenses publiques doit être accompagnée de recettes compensatrices, conformément à la Constitution. » Elle ajoute que l’absence de consensus préalable a pesé dans la balance.

Un climat politique sous haute tension

Cette invalidation survient alors que les relations entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko se dégradent. Après avoir été écarté de la Primature en mai, ce dernier a tenté de rebondir en prenant la présidence de l’Assemblée nationale. Mais les tensions persistent, comme en témoignent ses récentes déclarations évoquant une « cohabitation » avec le chef de l’État.

Pour la société civile, cette décision du Conseil constitutionnel est un signal fort. Dr. Binette Ndiaye, coordinatrice du Forum Citoyen, y voit un rappel indispensable : « Même avec une majorité, on ne peut ignorer les avis divergents. Une réforme constitutionnelle exige un dialogue inclusif. »

Les observateurs s’interrogent désormais sur l’avenir des réformes institutionnelles au Sénégal. Entre ambitions politiques et respect de la Constitution, le pays pourrait vivre une période de blocages prolongés, avec des répercussions sur sa stabilité politique.