Commission d’enquête : Ousmane Sonko traque-t-il le ministre Abdourahmane Diouf ?

Le ministère de l’Enseignement supérieur a connu une succession de trois ministres en deux ans : Abdourahmane Diouf, Daouda Ngom et Boubacar Camara, en poste depuis le 1er juin 2026.

Parmi les six commissions d’enquête parlementaires prévues lors de la session extraordinaire ouverte ce lundi 10 août 2026 à l’Assemblée nationale, l’une d’elles attire tous les regards : celle qui examine les irrégularités dans la gestion des marchés du programme « Un étudiant, un ordinateur », piloté par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI) depuis 2017. Avec un budget cumulé estimé à près de 48 milliards de francs CFA, cette enquête soulève une question majeure : vise-t-elle indirectement l’ancien ministre Abdourahmane Diouf ?

Un dossier qui s’étire sur plusieurs mois

Ce sujet n’est pas récent. Dès le 8 novembre 2025, l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko avait pointé du doigt des dysfonctionnements dans la gestion de certains programmes du supérieur, notamment sous la responsabilité du ministère dirigé alors par Abdourahmane Diouf. Ce dernier avait réagi en exigeant la création d’une commission d’enquête parlementaire pour éclaircir ces affaires, dont celle concernant la construction de cinq lots universitaires, tout en reconnaissant une part de responsabilité aux côtés du chef du gouvernement de l’époque.

À noter que le ministère a connu trois ministres en deux ans : Abdourahmane Diouf, suivi de Daouda Ngom, puis de Boubacar Camara, en poste depuis juin 2026. L’enquête porte sur la période 2017-2026, couvrant ainsi plusieurs mandats ministériels, y compris ceux antérieurs à l’arrivée au pouvoir du parti au pouvoir.

Des tensions politiques entre Sonko et Diouf

Cette commission d’enquête intervient dans un contexte de relations tendues entre les deux hommes. Abdourahmane Diouf, ancien membre du parti Awalé et allié historique de la majorité, a rejoint le parti Kiiraay – Les Patriotes républicains, soutenu par le président Bassirou Diomaye Faye, marquant une rupture avec Pastef et son leader Ousmane Sonko. Une évolution politique qui, pour certains observateurs, pourrait cacher un règlement de comptes derrière cette procédure parlementaire.

L’arrêté convoquant la session extraordinaire ne mentionne aucun nom précis. La commission couvre l’ensemble de la période 2017-2026, soit près d’une décennie de gestion du programme, impliquant potentiellement plusieurs ministres et responsables du MESRI, sans cibler explicitement un individu dans le texte officiel.

En définitive, bien que le calendrier de cette enquête coïncide avec le départ d’Abdourahmane Diouf de la mouvance présidentielle et son adhésion à Kiiraay, aucun élément concret ne permet d’affirmer avec certitude qu’Ousmane Sonko cherche à le « traquer » à travers cette procédure. Seuls les travaux et les conclusions de la commission, une fois rendues publiques, permettront d’établir les responsabilités exactes dans la gestion de ce programme évalué à 48 milliards de francs CFA.